Le grand mérite du SIOCA (Syndicat Intercommunautaire Ouest-Cornouaille Aménagement) a été d'inviter en septembre 2012 deux universitaires avec l'objectif suivant: faire un point actualisé et prospectif sur les besoins de la plaisance dans le Finistère.

Quelles ne furent pas les surprises pour de nombreux participants à cette conférence et parmi eux des membres du collectif "Au nom du Ster": surévaluation du nombre de demandes d'anneaux, évolution de la pratique avec la montée en puissance des bateaux semi-rigides qui repartent sur remorques entre deux sorties en mer, vieillissement des plaisanciers, nécessité de mettre en oeuvre des solutions moins impactantes pour le littoral comme des ports à sec, etc, etc.

Comment le SIVU et les municipalités de Treffiagat et du Guilvinec voient-ils dorénavant leur projet à la lumière de ces enseignements?

Telle était l'objet de la lettre ouverte adressée par le collectif "Au nom du Ster" à la mi-octobre. Faute de réponse, nous la publions donc.

 

Collectif «Au nom du Ster»

Bretagne Vivante-SEPNB

Sauvegarde du Littoral du Guilvinec

Sur un air de Terre

Adresse provisoire:

Kerbenfous izella

29120 Tréméoc

 

 

Monsieur le président du SIVU du port de plaisance

Monsieur le Maire du Guilvinec

Monsieur le Maire de Treffiagat

 

Lettre ouverte

 

Le 18 octobre 2012.

 

Messieurs,

Le 14 septembre dernier s’est tenue à Plozévet, à l’initiative du SIOCA, une conférence consacrée à l’accueil des navires de plaisance dans les ports du Finistère sud. Les informations nouvelles exposées lors de cette journée, ainsi que les interrogations soulevées par les intervenants, nous amènent à vous demander de préciser dans quelle mesure les porteurs du projet de port de plaisance de Guilvinec/Treffiagat entendent tenir compte des questions soulevées, en particulier sur les points suivants.

1 – Le manque de places disponibles dans les ports de plaisance est régulièrement mis en avant.

Il ressort des éléments apportés lors du colloque de Plozévet que le chiffre des besoins en places a été largement surévalué: il serait de 1200 places et non de 2200! (Un même plaisancier inscrit dans 5 ports est compté 5 fois, alors qu’il s’agit en fait d’une demande unique.)

2 – La demande évolue dans son contenu.

Les pratiques actuelles de navigation montrent une évolution dans le type de navires utilisés par les plaisanciers, en particulier les plus jeunes : la tendance est au développement de la flottille de navires dit «semi-rigides», beaucoup plus mobiles (sur remorques) et qui n’exigent pas de places de pontons, mais demandent par contre des cales de mises à l’eau.

S’agissant des navires sur pontons, et même si «Aujourd’hui, la plaisance est à son apogée», les propriétaires vieillissent et rien n’indique que le renouvellement des demandes de place de ponton s’effectuera selon une règle du type «1 pour 1», bien au contraire. La tendance constatée depuis plusieurs années serait plutôt au non renouvellement des types de bateaux concernés par les places sur pontons.

De plus, des pratiques nouvelles apparaissent (bateaux en location, propriété partagée, etc.) dont il est difficile pour l’instant de mesurer l’impact dans les années à venir. On ne peut que rejoindre les conclusions des intervenants lorsqu’ils disent : «Faut-il répondre forcément à la demande? Ou apprendre à naviguer autrement? … Avec toujours la problématique des bateaux sous-utilisés...»

 

3 – La fin des équipements lourds

Les intervenants au colloque, en particulier Nicolas Bernard, géographe à l’UBO et spécialiste de la plaisance, insistent sur l’idée que «les aménagements portuaires ne doivent plus être des aménagements lourds, qu’ils doivent respecter l’environnement et le patrimoine maritime».

Dans cette perspective, la réalisation d’aménagements réversibles (comme ceux du port de Bénodet) devrait être privilégiée. De la même manière, l’idée de «ports à sec», de stockage à terre, devrait être davantage prise en considération.

Ces aspects rejoignent le point suivant, relatif à la diversité des usages des espaces littoraux.

 

4 – La diversité des usages

Les usages des espaces littoraux sont multiples: ainsi dans l’arrière port de Guilvinec/Treffiagat, les pêcheurs de gravettes côtoient les propriétaires de bateaux hivernants, les peintres et les photographes avoisinent les botanistes, les simples promeneurs côtoient les professionnels dont les entreprises sont installées en bordure de cet espace, etc. Ne perdons pas de vue non plus, qu’un port est d’abord fréquenté par d’autres personnes que des plaisanciers… et qu’il s’agit là – en particulier au Guilvinec et à Treffiagat- d’un cadre de vie, d’un espace dépositaire d’une riche mémoire collective. La préservation des usages multiples des espaces littoraux est régulièrement rappelée dans la Charte des Espaces Côtiers Breton.

Il est important de noter que cette diversité des usages se double par ailleurs d’une réelle mixité sociale, et qu’il importe de préserver cette mixité.

 

Il aurait été facile (et cruel!…) de souligner à quel point le port de plaisance de Guilvinec/Treffiagat dans l’état actuel du projet se situe totalement à l’opposé des solutions préconisées par les intervenants lors de la conférence au SIOCA. Il nous apparaît toutefois plus constructif de vous interroger sur la manière dont vous envisagez de tenir compte des remarques et préconisations avancées lors de cette rencontre, rencontre dont l’un des mérites est d’inviter les élus et aménageurs à élargir leur réflexion et à se soucier du long terme.

 

Veuillez croire, Messieurs, en notre attachement à un Pays bigouden innovant et dynamique.

 

Sur un air de Terre,  Sauvegarde du littoral du Guilvinec ,  Bretagne Vivante-SEPNB / Section Pays bigouden